Ji Songlin | Solo show “Au-delà de la mémoire, au plus profond du corps”
Share
Ji Songlin | Solo show “Au-delà de la mémoire, au plus profond du corps”(Beyond the memory, drown into the body)
⏰ Dec 19, 2025 → Jan 31, 2026
📍 Vanities Gallery, 17 rue Biscornet, 75012 Paris

Hosted by Vanities Gallery, we are honored to invite you to the opening of Ji Songlin’s solo exhibition "Au-delà de la mémoire, au plus profond du corps” on December 19 at 6:30 PM in Paris.
The exhibition is curated by Thierry Tessier and Victoria Zhong.
Welcome to meet us at the opening night, where you can discover Ji Songlin's paintings, photographs and video installation.
📸 © Ji Songlin, 2025
Subscribe now to receive news of Ji Songlin's work release
-
Vanities Gallery a le plaisir de présenter l’artiste Ji SongLin (né en 1988 à Wuwei, Anhui, Chine), artiste pluridisciplinaire dont la pratique traverse la peinture, la sculpture, l’installation et la vidéo. Formé à la sculpture traditionnelle chinoise à Shenzhen puis aux arts contemporains à l’ESA Dunkerque & Tourcoing, Ji SongLin déploie une œuvre profondément ancrée dans le dialogue entre les cultures et dans une lecture sensible des gestes qui façonnent la vie humaine.
Son travail privilégie une approche philosophique, poétique et anthropologique des formes. Dans ses encres, ses sculptures ou ses films, l’artiste explore ce que le philosophe Shitao (1642-1707) nommait « l’unique trait de pinceau », origine commune à l’écriture et à la peinture.
C’est dans cette dynamique millénaire que s’inscrit Ji SongLin, tout en ouvrant cette tradition à une pensée résolument contemporaine.
Portrait de Ji SongLin par Frédéric Lovino
Le geste répété : une mémoire en mouvement
Depuis plusieurs années, Ji SongLin travaille la répétition du trait sur papier xuan 1), un support choisi pour la vibration de ses fibres. Ses larges surfaces d’encre sont constituées de lignes rigoureuses, méthodiquement reprises, mais jamais identiques. Cette tension entre uniformité apparente et singularité réelle renvoie à une vérité fondamentale de son œuvre : chaque ligne est un être, chaque geste est une vie.
Dans cette dimension performative du trait, son travail évoque naturellement On Kawara (1932-2014) ou Roman Opalka (1931-2011), artistes pour lesquels le geste répétitif constitue la matrice du temps vécu. Pourtant, là où Kawara et Opalka archivaient la durée ou le passage des jours, Ji SongLin fait vibrer un espace où l’identité de chaque ligne prime sur la stricte notion de chronologie. Son encre n’archive pas le temps : elle révèle la présence.

On peut également rapprocher certaines pièces de Ji Songlin de la matérialité vibrante de Pierrette Bloch (1928-2017), dont il partage l’attention pour la ligne, l’infime variation et le rapport entre matière noire et lumière. Toutefois, alors que Bloch privilégiait la fragmentation et la tension ponctuelle, Ji SongLin explore un continuum, une densité presque méditative, où le geste devient paysage intérieur.
Entre Chine et France : traditions, déplacements, continuités
Les œuvres de Ji SongLin sont nourries par le fonds spirituel chinois immemorial, celui où peinture, geste et méditation s’entrelacent. Comme Shitao l’affirmait :
« Je laisse les choses suivre les ténèbres des choses, et la poussière se commettre avec la poussière ; ainsi mon cœur est sans trouble, et quand le cœur est sans trouble, la peinture peut naître. » Dixit Shitao, Les Propos sur la Peinture du Moine Citrouille-Amère, XVIIᵉ siècle.
Cette pensée irrigue les travaux à l’encre de l’artiste, pour qui la peinture n’est jamais décorative : elle constitue un espace de concentration, de présence et de circulation.

Son œuvre filmique s’inscrit dans un mouvement similaire de résonance culturelle. Les paysages du Nord de la France, les terrils, les archives minières et la mémoire collective deviennent matière à une exploration symbolique. Dans Manger la montagne (2020), les images s’organisent autour de la sensibilité des lieux, d’une géologie humaine, d’une méditation sur les ressources, les gestes de travail et les systèmes de transmission. La Chine et la France dialoguent ici non pas par leurs réalités politiques, mais par ce qui relie les civilisations : les récits du travail, la matière, la mémoire, la transformation.
Un vocabulaire plastique en construction permanente
La recherche de Ji SongLin ne se limite jamais à un médium unique. Chaque œuvre, chaque cycle, compose une véritable grammaire visuelle. La ligne y circule comme un souffle qui structure l’espace ; la sculpture, elle, se fait trace, empreinte ou résonance d’un geste originel. La vidéo ouvre la voie d’un récit en mouvement, tandis que la photographie explore la lente disparition de l’image dans le temps, comme si chaque capture contenait déjà sa propre évanescence.
Son travail construit ainsi un « système de correspondances » au sens baudelairien du terme : un monde où matières, gestes et mémoires s’appellent les uns les autres.

Une exposition pensée comme une traversée
Pour cette exposition à Vanities Gallery, Ji SongLin présente un ensemble d’œuvres récentes autour du geste, de la trace et de la transformation de la matière. Les encres de grand format répondent à des videos tandis que des travaux photographiques forment des espaces de transition. L’ensemble compose une traversée poétique, presque musicale : un paysage intérieur fait d’ombres, de transparences et de respirations.
(1) Le papier xuan (宣纸), parfois appelé « papier de riz » dans le langage courant mais sans aucun lien avec le riz, est un papier traditionnel chinois fabriqué depuis plus de mille ans dans la région de Jingxian, province d’Anhui. Classé patrimoine culturel immatériel en Chine, il est conçu à partir d’un mélange de fibres de pteroceltis tatarinowii (bois bleu) et de paille, longuement battues et filtrées selon un procédé artisanal. Sa structure fibreuse irrégulière lui confère une capacité d’absorption exceptionnelle : l’encre y pénètre rapidement tout en conservant une grande richesse de nuances, permettant au geste du pinceau de révéler directement la respiration, la vitesse et l’intensité du mouvement. Très résistant au vieillissement, le papier xuan est réputé pour offrir une longévité de plusieurs siècles, ce qui en fait le support privilégié de la calligraphie et de la peinture lettrée, ainsi que des pratiques contemporaines qui explorent le lien entre geste, matière et temporalité.
-
Textes rédigés par l'artiste
"Lorsque je regarde de vieilles photos, je ne vois pas simplement un instantané figé de l'image, mais plutôt un souvenir de cette image sur une période de temps. L'image elle-même devient floue pour moi, car le moment capturé par l'appareil photo signifie que le sujet sera oublié. Je projette ces images déjà existantes sur une éponge et les re-photographie."
“Quand j'étais petit, j'ai commencé à apprendre la calligraphie chinoise, une tâche assignée aux étudiants chinois à l'école. Pour tracer de belles lignes, nous devions répéter constamment le même mouvement, ce qui m'a rappelé mon expérience dans l'armée - des mouvements répétitifs et monotones.
J’ai aussi pris conscience que les mouvements d’une personne, répétitifs ou non, conscients ou non, sont le reflet de l’identité d’un individu. Nos mouvements corporels disent beaucoup de nous. En 2019, j'ai commencé à enseigner la calligraphie en France et à réintroduire l'utilisation de l'encre chinoise dans mes oeuvres. L’implication du corps est très importante dans le travail créatif à l'encre. C’est comme une forme de performance. De par sa nature, l'encre permet de refléter directement l'état physique et émotionnel de l'artiste au moment de la création. On ne revient pas sur une trace laissée par l’encre, par conséquent elle agit comme une photographie, révélant l’état de l’artiste au moment de son application sur le papier.”

Quelques détails sur les séries exposées
L'artiste Ji SongLin sculpte le temps et la présence à travers une œuvre plastique d'une grande densité philosophique, ancrée dans une approche anthropologique et poétique des formes. Son travail s'inscrit dans la lignée spirituelle chinoise des lettrés, explorant « l'unique trait de pinceau » comme origine et essence de toute création.
Une partie de sa démarche prend sa source dans la mémoire intime et évanescente, notamment à travers une série d'images capturées durant la période d'isolement. Ces fragments, qu'il s'agisse de ses camarades ou des paysages urbains en devenir, ne sont pas des archives factuelles. Ils composent plutôt une traversée nostalgique des liens passés et des figures marquantes, interrogeant la fragilité des existences et le caractère irréversible du temps qui s'écoule. La photographie, chez lui, révèle ainsi l'inéluctable disparition de l'image, chaque cliché contenant l'écho de sa propre finitude.
Cette méditation sur la durée se prolonge dans ses encres monumentales sur papier xuan. Là, le geste répétitif et rigoureux du pinceau, loin d'être un simple archivage chronologique, devient une affirmation de la vie. Chaque ligne est unique, révélant la respiration, la vitesse et l'intensité du mouvement. Par cette tension entre uniformité et singularité, Ji SongLin s'éloigne de l'enregistrement du temps (à la manière d'Opalka) pour se concentrer sur la présence vibratoire de l'instant. Son encre ne stocke pas le passé, elle le révèle.
-
JI SONGLIN : LE GESTE FACE A LA DISPARITION
Le deuxième volet de la démarche artistique de Ji SongLin est intimement lié à la question de la mort et de la mémoire collective des défunts. Cette réflexion s'est matérialisée lors d'une résidence artistique en 2023 à Bruay-la-Buissière. Là, l'artiste a collaboré avec les Charitables, une confrérie historique et bénévole, originaire de la région du Nord et du Pas-de-Calais dont l’origine remonte à l’an 1188, dont la mission essentielle est de porter les corps des défunts et d'organiser les cérémonies funéraires pour toute personne qui en a besoin. Cette tradition ancre le travail de Ji SongLin dans une anthropologie du dernier geste, celui qui honore la trace humaine.
Cette série d'œuvres prend sa source dans des documents d'archives locaux liés aux Charitables. Ji SongLin ne s'arrête cependant pas à la reproduction documentaire. Il soumet ces images historiques à un processus de transformation radicale qui révèle sa vision du temps et de la mémoire. Il exprime lui-même cette démarche :
« Lorsque je regarde de vieilles photos, je ne vois pas simplement un instantané figé de l'image, mais plutôt un souvenir de cette image sur une période de temps. L'image elle-même devient floue pour moi, car le moment capturé par l'appareil photo signifie que le sujet sera oublié. »
Pour matérialiser cette fragilité du souvenir, l'artiste introduit un geste physique : « Je projette ces images déjà existantes sur une éponge et les re-photographie. » L'éponge, symbole d'absorption et d'effacement, agit comme un filtre entre le passé et le présent. La re-photographie dégrade l'information visuelle, transformant la netteté de l'archive en une trace spectrale et vibrante, qui oscille entre l'oubli et la réminiscence. Le support final capte l'image non comme un souvenir précis, mais comme une mémoire en mouvement, où la matérialité de l'objet photographique révèle l'évanescence du sujet.
